
Gisement de fer de Mbalam: comment le Cameroun a repris la main face à Sundance
C’est une saga de quinze années qui touche à son épilogue. Détentrice depuis 2007 de titres sur le gisement de fer de Mbalam, la société australienne Sundance Resources n’y a jamais engagé le moindre chantier. Elle réclamait pourtant plus de 13 milliards de dollars aux États du Cameroun et du Congo. Intégralement déboutée à Brazzaville en décembre 2025, elle voit plus de 93% de ses prétentions écartées à Yaoundé par la sentence notifiée le 23 juillet 2026, dont le reliquat est déjà promis au recours en annulation. Retour sur un bras de fer que l’État camerounais est en train de gagner.
Par Destin André Mballa
Tout commence en réalité en 2007, lorsque Sundance obtient un permis de recherches sur Mbalam, dans la région de l’Est du Cameroun. Le gisement, qui se prolonge côté congolais à Nabeba, compte parmi les plus importants dépôts de fer à haute teneur encore inexploités au monde. Les projections évoquent alors un corridor minier et ferroviaire transfrontalier, un terminal minéralier en eau profonde et des dizaines de millions de tonnes exportées chaque année. En 2012, l’État camerounais accorde une convention minière, assortie d’une exigence classique : démontrer la capacité financière et technique de mener le projet à terme.

L’argent qui ne vient jamais Cette démonstration ne viendra jamais. Le rachat annoncé par le groupe chinois Hanlong s’effondre en 2013, après les déboires judiciaires de son dirigeant en Chine. D’autres partenariats échouent tour à tour. Environ 450 millions de dollars sont pourtant levés au fil des années, sans qu’une première pierre soit posée de part et d’autre de la frontière. En 2015, l’État accepte encore de tendre la main : l’Accord de transition prévoit que la puissance publique prenne à sa charge le volet infrastructures. Ses propres considérants consignent la réalité du moment : en raison de la chute des cours du fer et de la dégradation des marchés de la dette et des capitaux, les sociétés porteuses du projet « n’ont pas réussi à lever la dette et les capitaux requis ».
La rupture
Les années suivantes n’y changent rien. Pour Yaoundé, les droits miniers de Sundance se sont éteints à la fin de 2018, au terme d’ultimes prorogations demeurées sans effet. Le 30 novembre 2020, la République du Congo tire la première les conséquences de l’inaction et retire ses titres. Au début de 2022, Sundance porte le différend devant la Cour internationale d’arbitrage de la CCI et obtient en urgence une mesure provisoire gelant l’attribution du permis de Mbalam. L’État camerounais confie alors sa défense au cabinet parisien Jeantet. La bataille judiciaire, qui durera quatre années, peut commencer.

Le tournant de Brazzaville
Le premier acte se joue au Congo. Le 17 décembre 2025, le tribunal arbitral déboute intégralement Sundance de sa réclamation de 8 milliards de dollars et la condamne aux frais de la procédure. La démonstration est faite qu’une junior minière ne saurait transformer sa propre défaillance en créance sur un État. Selon nos informations, la sentence congolaise, versée aux débats camerounais au début de l’année 2026 après une réouverture de l’instruction, pèsera lourd dans la suite.
Yaoundé écarte plus de 93 % des demandes
Le second acte tombe le 23 juillet 2026, avec la notification de la sentence camerounaise. Sur plus de 5 milliards de dollars réclamés, soit environ 3 000 milliards de FCFA, plus de 93 % des prétentions sont écartées. Le tribunal rejette à l’unanimité le gain manqué, cœur de la réclamation, évalué selon la méthode des flux de trésorerie actualisés, au motif qu’aucun accord restructuré n’a jamais été conclu. Ne subsiste qu’un reliquat inférieur à 250 milliards de FCFA, correspondant à une fraction des coûts historiques allégués.

Un reliquat en sursis
Ce reliquat présente une fragilité que les spécialistes relèvent déjà : il indemnise des dépenses exposées dès 2006, alors que l’Accord de transition, seul fondement contractuel des manquements retenus, n’est entré en vigueur qu’en juillet 2015. Un préjudice ne saurait précéder son fait générateur. Une opinion dissidente jointe à la sentence consigne ce vice au sein même du tribunal et conclut à une réparation indue, contraire aux exigences d’ordre public international. Selon nos sources, l’État du Cameroun portera le recours en annulation devant la Cour d’appel de Paris, juge du siège de l’arbitrage, et sollicitera dans l’intervalle l’aménagement de l’exécution de la sentence. L’objectif est assumé : qu’aucune somme ne soit, à terme, versée.
La page d’après
Pendant que les prétoires bruissaient, le terrain, lui, a parlé. Le nouveau titulaire du permis, Cameroon Mining Company, a engagé les travaux 18 mois après l’obtention de son titre et achève la mise en service d’une usine de traitement de 10 hectares sur le site. Le contraste dit tout : quinze années d’annonces sans chantier d’un côté, un début d’exploitation effectif de l’autre. Plus largement, la séquence adresse un signal à l’ensemble du secteur : les États d’Afrique centrale ne laisseront plus des gisements stratégiques immobilisés par des titulaires défaillants, et ils savent désormais défendre, et gagner, leurs arbitrages. La bataille de Mbalam n’est pas tout à fait terminée. Mais son issue, elle, ne fait plus guère de doute.

